
Après nous avoir ébloui par ses œuvres engagées, Rodriguez nous revient
avec une œuvre forte, engagée et résolument dérangeante : « Sin City ».Revenons dabord sur lauteur ainsi que sur son parcours.
Dans « Desperado », là où le commun des mortels ny voyait quun grand clip avec des flingues, Rodriguez montrait déjà son engagement politique. En effet, dans « Desperado » il était question de la difficile réinsertion dun intermittent du spectacle (un guitariste) face aux majors (symbolisées par les trafiquants de drogue). Nul na pu oublier la fable écologique d « Une Nuit en Enfer » qui était un brûlot culturel dénonçant le recyclage des temples Incas par les touristes. Je ne reviendrai pas sur « Spy Kids » dont linsolence subversive marqua une génération entière.
« Sin City » sinscrit encore un cran au-dessus. Dès le début on comprend quon a une œuvre majeure sous les yeux.
Tout dabord le visuel rappelle les films de propagande des années cinquante et Rodriguez a décidé de mettre le nez des grandes puissances dans leur caca.
Car la première histoire, celle de Marv dénonce clairement la Guerre du Golfe. Marv représente les USA, une force brute et décadente devenue laide à force de se fourvoyer qui na plus dhumanité. Tout commence par une guerre illégale de Marv qui décide quil doit se faire justice lui-même. Il repousse violemment les forces de lordre dans un premier temps (symbole de lONU) et il part en guerre. Arrivé dans un pays du tiers-monde (la ferme) il se fait rattraper par la justice (le marteau que Kevin lui écrase sur le front, symbole de justice simple mais efficace). Découvrant la misère de lendroit (la femme à la main mangée), il décide de revenir plus tard pour de bon cette fois faisant un lien direct avec la seconde Guerre du Golfe. Et cest à ce moment-là que le film prend toute sa dimension et quil dénonce avec violence. Marv ne communique pas avec Kevin, Kevin na rien à dire, on ne lautorise pas à parler, il est donc muet, il représente ce dont les médias ne veulent pas parler. Toujours digne, il constate que Marv est devenu un animal et pas un champion de la démocratie. Il communique mieux avec un chien quavec des humains, dailleurs il le nourrit. Le chien représente les multinationales pétrolières qui viennent se repaître des restes de lennemi vaincu et démantelé par Marv. Pour finir, la tête de Kevin réintègre léglise pour bien rappeler que cette guerre nétait en fait quune guerre de religion. En signe de purge violente, le prêtre est tué car montrant de la sympathie pour Kevin. Une fois le conflit réglé, Rodriguez se déchaîne en plaçant Marv sur la chaise électrique comme un signe visionnaire de ce que deviendront les USA.
On ressort de cette histoire totalement bouleversé.
La seconde histoire, celle des péripaputes, dénonce clairement le libéralisme sauvage. Quel meilleur symbole que de montrer des prostituées comme entreprise.
Jacky Boy entre dans un territoire (le marché boursier) et subit rapidement une OPA (lattaque dans sa voiture). Ensuite, il est transformé en objet de consommation (un distributeur de Pez). Une guerre menace entre plusieurs camps pour obtenir un marché (la tête de Jacky Boy). Dwight et Gail passent un accord pour le partage de la tête. Malheureusement, un adversaire vient la leur contester et tout se termine en bain de sang. Pour montrer la futilité de la chose, on voit que la tête disparaît très vite quand toutes les forces sont en présence (elle explose) rendant toute cette guerre inutile mais a lieu quand même. Cela démontre que les entreprises derrière leurs airs civilisés ont ce besoin sauvage de sentretuer comme des animaux. Le message le plus fort arrive tout à la fin quand Dwight embrasse Gail en disant quil laimera toujours et jamais (ce qui symbolise très bien les fusions et les accords entre entreprises qui ne durent jamais pour cause de cupidité).
Subjugué par la justesse de cette analyse, je crache mon pop corn sur le premier rang en hurlant : Viva la Revolucion !
La dernière histoire tient de la divination. Comment Rodriguez a-t-il su ?
En effet, lhistoire dHartigan nous renvoie à lEurope. Je dirais même plus ! Hartigan est lEurope ! Une Europe vieille, fatiguée, cest ainsi que lon nous voit Outre-Atlantique. Cette Europe essaie dobtenir une crédibilité (sauver Nancy) mais se casse la gueule. Enfermé en prison (symbole des difficultés dharmonisation entre pays Européens) Hartigan piétine mais névolue pas (un clin dœil appuyé à la non-ratification du traité sur la constitution). Puis, il finit par sortir de prison mais là, les choses ont changé. LEurope dHartigan doit faire face au géant chinois du textile ! En effet, si le fils du sénateur est jaune, cest juste pour souligner léveil de la Chine. Fable pessimiste, il semble que pour récupérer des parts de marché (Nancy), il faille un affrontement violent. Magouilles, chantage (tenir le Yellow Bastard par les couilles) et enfin guerre totale, voilà ce qui peut se passer. On remarquera que cet affrontement ne peut mener quà une destruction mutuelle (Hartigan meurt également à la fin après avoir massacré la Chine).
Ah, si ce film était passé avant le référendum, jaurais voté oui !
Bref, une fois de plus, Rodriguez nous en a mis plein la gueule avec ses messages hautement subversifs suffisamment codés pour que lestablishment ne le censure pas mais suffisamment clairs pour quon les perçoive.
Respect !