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La Saga d’Odric le Berserker - Chapitre 7

Retour sur les Terres du Nord
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L’aube déjà. Je dois me mettre en marche vers les collines du bord du monde, vers Briim, vers la terre des Furieux. On dit qu’ils sont moins nombreux en ce moment et que parfois un convoi peut passer discrètement malgré une escorte lourde. Avec une trentaine de guerriers solides et des lances de trois fois la taille d’un homme, on peut les repousser mais pas les vaincre. Quand un Furieux isolé attaque seul, il est même possible de le tuer mais nous connaissons tous la vérité. Les Furieux de la bordure extérieure sont les plus faibles, les plus vieux, les malades. On estimait leur population a cinq cents il y a vingt ans mais aujourd’hui, on suppose qu’il n’en reste qu’un tiers voire moins. Leurs apparitions se font plus rares mais font toujours autant de dégâts. On dit qu’à force de s’entretuer et de se féconder au sein d’un même lignage, ils dégénèrent. C’est fort possible tant la raison leur semble étrangère.

Peu importe leur nombre, il me les faut tous. On dit que jamais un humain n’a tenu tête à un Furieux seul et moi je vais tous les tuer. En y repensant, c’est sans doute la décision la plus stupide que j’ai pu prendre mais l’éventail des choix est très limité alors tenter de survivre debout ou sauter d’une falaise, quelle importance finalement. Mordak disait que la mort n’avait pas d’importance parce qu’elle arrive de toute façon et que la destination de nos vies était la même pour tous. Ce qui changeait et définissait le sens de chaque vie c’était le chemin parcouru et la façon dont on l’arpentait. Il avait beau dire que ce n’était pas important, il a quand même tout fait pour mourir à sa façon. Plus le temps passe, plus je me dis que la pensée de Mordak était moins rigide qu’il le laissait penser. Peut-être devrais-je également être un peu plus souple…

Lentement, je vérifie mes armes, elles ne m’ont jamais quitté et malgré leur aspect peu flatteur, je sais qu’elles tiendront encore pour ce combat insensé. Bragène est toujours aussi impressionnante et je parviens presque à la manipuler comme le faisait mon père à peau verte. Ma vieille épée semble émoussée mais je n’en ai jamais eu d’autre. Je connais par cœur ses qualités et ses défauts et la moindre aspérité de la lame ainsi que son poids. Ai-je besoin d’autre chose ? Oui, j’ai besoin d’elle, je me sens incomplet. J’ai à peine osé en parler à mon père. Ma mère aurait été si contente… Je dois me concentrer sur les Furieux mais je suis triste de ne pas l’avoir vue une dernière fois. Pourtant, je pouvais le faire quand je voulais mais j’ai toujours reculé ce moment jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Peut-être que son regard me faisait plus peur que celui de mon père. Je ne sais et je ne le saurai jamais désormais. Il n’est plus temps d’y penser, je dois penser mon combat, mon ultime combat. Bientôt les réponses viendront.

Lentement je m’enfonce dans la neige. Le voyageur avisé qui traverse ces terres sait qu’il doit porter des vêtements solides jusqu’à la taille. Il fait si froid que la neige découpe la peau aussi assurément qu’un rasoir. Marcher cent pas sans chausses dans cette neige a pour conséquence une amputation des pieds à la hache chez le forgeron qui est aussi médecin à sa manière. Il est loin le temps où j’ai aimé jouer ici. Pour combattre, le terrain est catastrophique. Malgré les hivers rudes chez les orcs, il y avait des étés et cette douce chaleur. Pendant la guerre contre les Sung Lung, le soleil brûlait la peau mais je préférais ça à ce froid éternel. Mon père n’était plus là à mon réveil. Je crois que je lui fais peur. Il craint de retomber dans cette folle fascination pour la guerre. Il fut un bon combattant en son temps et je sais qu’il a abandonné la voie des armes à regret. Il aimait se battre mais il a choisi d’être un père et un mari. Il a été heureux et considère qu’il a plus gagné que perdu mais aujourd’hui il n’est ni un père ni un mari. Depuis que mère est morte, il doit sans doute repenser à tout ça. Quand on n’a rien à perdre, la voie des armes fait moins peur. Je le sais, je suis moins aventureux depuis G’eldriia et Krak. Pourtant, on jurerait le contraire aujourd’hui.

Dois-je invoquer Rage ou est-ce trop dangereux ? Peut-être vont-ils le sentir de retour ? Peut-être vont-ils savoir et ne me laisser aucune chance. Peut-être dois-je être juste Odric mais que vaut Odric face à deux cents Furieux même pris séparément ? Je pense trop. Il est inutile de trouver des réponses à ces questions. La seule chose qui compte, c’est de survivre à chaque combat. Ce n’est pas vraiment dans mes habitudes que de me poser tant de questions. Je n’ai pas beaucoup de doutes sur l’explication de ce retour de raison. Je sais que j’ai peur même si je sais également que la peur n’empêche pas le péril de frapper. Rapidement, les réponses arrivent, une seule pour le moment.

Après quelques heures de marche, je croise mon premier furieux. J’ai eu de la chance, il ne s’est pas jeté sur moi. Il semble m’observer depuis un moment et je comprends pourquoi il n’a pas attaqué. Il sait qui est avec moi, il est même probable qu’il le connaisse et la forme actuelle de Rage le perturbe un peu. Son hésitation indique que mon démon doit être plus fort que lui mais c’est un Furieux et je suis un humain. Il ne résistera pas longtemps en comprenant le profit d’un tel avantage. Il semble maigre, vieux et malade. Sa démarche est boiteuse. Les Furieux de la bordure extérieure sont de toutes façons les plus faibles. Malgré le froid, je sens son odeur, une odeur infecte qui fait plisser instinctivement les yeux. Comment peut-il puer ainsi malgré le froid et le vent ?

Je n’y avais jamais vraiment pensé mais je n’en avais jamais vus avant et pourtant ils me semblent familiers. Gris de peau, avec quelques traces d’écorchures montrant un sang bien rouge, un regard haineux et ce rictus déformé par l’habitude de détester toute vie, ils sont bien comme je les imaginais. Je veux le tuer moi-même, Rage attendra. Je sens son excitation. Il sait ce que je veux faire et n’est pas préoccupé par le sort des siens, il veut leur mort tout comme moi. Pour une fois, on va s’entendre.


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