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La Saga d’Odric le Berserker - Chapitre 7

Retour sur les Terres du Nord
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Les Terres du Nord n’ont jamais attiré beaucoup de monde. Il fait froid, le soleil ne transperce jamais le rideau blanc du ciel et le sol n’est pas très fertile. Cependant, les gens qui y sont attachés refusent de l’abandonner. Nous accostons à un petit port de pêche sans prétention et j’ai deux jours de marche avant de revenir au village de mon enfance. J’aurais préféré m’occuper des Furieux depuis un autre endroit mais il n’y avait pas d’autre endroit et je n’ai pas le temps de faire le difficile. Ma vengeance contre les Dieux se passera donc là-bas.

Il n’y a qu’une seule route qui mène à mon village et il est encore un peu tôt pour qu’elle soit enneigée. Si je cours avec un bon rythme, j’y serai peut-être cette nuit. Les blessures d’IronCloud me font encore mal. Il faut savoir ne pas écouter son corps et le forcer à se dépasser. De toutes façons, si je campe une nuit dans la forêt avoisinante, j’en mourrai de froid, mon équipement n’est pas suffisant pour tenir et je refuse de monter à cheval. De toutes façons, les chevaux ont peur de moi. Je ne peux pas leur en vouloir, je me fais peur aussi parfois, surtout ces derniers temps. Plus le temps passe, plus je me dis que je ne suis qu’une bête à abattre mais je continue cependant.

Alors que je cours, je pense à mon village et surtout à mes parents. Sont-ils encore en vie ? Il faut reconnaître que je ne me suis pas du tout soucié d’eux durant toutes ces années. Je ne sais même pas si leurs visages me sont encore familiers, cela fait si longtemps. Ils ont dû changer eux aussi, peut-être sont-ils morts…

Comment ai-je pu ne pas penser à eux pendant tout ce temps ? Si j’en crois le gobelin de Thorgun, c’est forcément la faute du démon qui s’est emparé de moi en me privant ainsi de l’affection de ma famille. Moi, je pense plutôt que le jour où j’ai voulu devenir un orc, j’ai tiré un trait sur la forteresse des mages de Shinka, mon éducation, mes valeurs, mon humanité, ma famille. J’avais une famille pourtant qui m’aimait même si elle me forçait à pratiquer la magie. J’en ai gagnée une autre, une que j’ai choisie cependant, je me sens comme coupable. À partir de quand les ai-je oubliés ?

Au fur et à mesure que j’avance, une sorte d’angoisse monte en moi comme si je devais avoir honte de ce que j’étais devenu. Je n’avais pas honte de moi ni même de fierté particulière mais j’étais ce que mes parents ne voulaient pas que je devienne.

Le temps avance et l’endroit commence petit à petit à se conformer en partie à mes souvenirs. Je ne suis plus très loin désormais. Cet endroit me semblait être le bout du monde quand j’étais enfant. La forêt des murmures était ma limite. Cette limite correspondait surtout au temps et à ma capacité à courir car en partant tôt le matin, je devais être rentré avant la tombée de la nuit, ce qui me laissait un champ d’exploration restreint mais je ne le voyais pas ainsi. Le monde a grandi en même temps que moi, ma perception du monde plutôt et aujourd’hui, je reviens à mon point de départ. J’aperçois le village et suis comme déçu. Je n’allais pas aussi loin que je le pensais, à peine une heure de course avec mes jambes d’aujourd’hui. Vais-je voir mes parents ? Vais-je leur parler&nbps;? Pour leur dire quoi ? Sont-ils encore seulement vivants ? Nous verrons cela.

Comme je connais bien ce village, il n’a pas changé en vingt ans, je retrouve tout. Tant de souvenirs, de sensations, d’odeurs… J’ai l’impression d’avoir connu ça dans une vie lointaine, une autre vie mais non, je suis Odric, le petit garçon de ce village. Instinctivement, je marche vers la maison de mes parents, ma maison mais je ne sais si j’y ai encore ma place. Je reconnais certains visages ici et tant de choses dont je ne pensais plus jamais me souvenir. Et puis arrive la porte de cette maison. En la voyant, je repense à ces années pendant lesquelles je ne parvenais pas à toucher le haut de la porte et aujourd’hui, je dois me baisser pour entrer. Des souvenirs en miniatures, voilà ce qu’est devenue mon enfance.

J’ouvre ce qui fut une lourde porte en faisant attention à ne pas la casser et entre sans trop savoir si j’en ai le droit. Devant le feu central un homme regarde calmement les flammes danser, il me regarde à peine, ne paraît pas surpris de me savoir de retour mais ne semble rien éprouver. J’ai de nouveau six ans et je baisse les yeux quand mon père me fixe. Je reste planté là sans trop savoir quoi faire puis devant le manque de réactions de cet homme, je laisse tomber ma fourrure d’ours et m’assieds près du feu en face de lui. Le temps passe et aucun de nous n’a quoi que ce soit à dire. Le temps s’allonge et l’atmosphère s’alourdit. Une tension presque palpable envahi le foyer.


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