
Retour sur les Terres du Nord
- 1/4 -Les Terres du Nord nont jamais attiré beaucoup de monde. Il fait froid, le soleil ne transperce jamais le rideau blanc du ciel et le sol nest pas très fertile. Cependant, les gens qui y sont attachés refusent de labandonner. Nous accostons à un petit port de pêche sans prétention et jai deux jours de marche avant de revenir au village de mon enfance. Jaurais préféré moccuper des Furieux depuis un autre endroit mais il ny avait pas dautre endroit et je nai pas le temps de faire le difficile. Ma vengeance contre les Dieux se passera donc là-bas.
Il ny a quune seule route qui mène à mon village et il est encore un peu tôt pour quelle soit enneigée. Si je cours avec un bon rythme, jy serai peut-être cette nuit. Les blessures dIronCloud me font encore mal. Il faut savoir ne pas écouter son corps et le forcer à se dépasser. De toutes façons, si je campe une nuit dans la forêt avoisinante, jen mourrai de froid, mon équipement nest pas suffisant pour tenir et je refuse de monter à cheval. De toutes façons, les chevaux ont peur de moi. Je ne peux pas leur en vouloir, je me fais peur aussi parfois, surtout ces derniers temps. Plus le temps passe, plus je me dis que je ne suis quune bête à abattre mais je continue cependant.
Alors que je cours, je pense à mon village et surtout à mes parents. Sont-ils encore en vie ? Il faut reconnaître que je ne me suis pas du tout soucié deux durant toutes ces années. Je ne sais même pas si leurs visages me sont encore familiers, cela fait si longtemps. Ils ont dû changer eux aussi, peut-être sont-ils morts
Comment ai-je pu ne pas penser à eux pendant tout ce temps ? Si jen crois le gobelin de Thorgun, cest forcément la faute du démon qui sest emparé de moi en me privant ainsi de laffection de ma famille. Moi, je pense plutôt que le jour où jai voulu devenir un orc, jai tiré un trait sur la forteresse des mages de Shinka, mon éducation, mes valeurs, mon humanité, ma famille. Javais une famille pourtant qui maimait même si elle me forçait à pratiquer la magie. Jen ai gagnée une autre, une que jai choisie cependant, je me sens comme coupable. À partir de quand les ai-je oubliés ?
Au fur et à mesure que javance, une sorte dangoisse monte en moi comme si je devais avoir honte de ce que jétais devenu. Je navais pas honte de moi ni même de fierté particulière mais jétais ce que mes parents ne voulaient pas que je devienne.
Le temps avance et lendroit commence petit à petit à se conformer en partie à mes souvenirs. Je ne suis plus très loin désormais. Cet endroit me semblait être le bout du monde quand jétais enfant. La forêt des murmures était ma limite. Cette limite correspondait surtout au temps et à ma capacité à courir car en partant tôt le matin, je devais être rentré avant la tombée de la nuit, ce qui me laissait un champ dexploration restreint mais je ne le voyais pas ainsi. Le monde a grandi en même temps que moi, ma perception du monde plutôt et aujourdhui, je reviens à mon point de départ. Japerçois le village et suis comme déçu. Je nallais pas aussi loin que je le pensais, à peine une heure de course avec mes jambes daujourdhui. Vais-je voir mes parents ? Vais-je leur parler&nbps;? Pour leur dire quoi ? Sont-ils encore seulement vivants ? Nous verrons cela.
Comme je connais bien ce village, il na pas changé en vingt ans, je retrouve tout. Tant de souvenirs, de sensations, dodeurs Jai l’impression davoir connu ça dans une vie lointaine, une autre vie mais non, je suis Odric, le petit garçon de ce village. Instinctivement, je marche vers la maison de mes parents, ma maison mais je ne sais si jy ai encore ma place. Je reconnais certains visages ici et tant de choses dont je ne pensais plus jamais me souvenir. Et puis arrive la porte de cette maison. En la voyant, je repense à ces années pendant lesquelles je ne parvenais pas à toucher le haut de la porte et aujourdhui, je dois me baisser pour entrer. Des souvenirs en miniatures, voilà ce quest devenue mon enfance.
Jouvre ce qui fut une lourde porte en faisant attention à ne pas la casser et entre sans trop savoir si jen ai le droit. Devant le feu central un homme regarde calmement les flammes danser, il me regarde à peine, ne paraît pas surpris de me savoir de retour mais ne semble rien éprouver. Jai de nouveau six ans et je baisse les yeux quand mon père me fixe. Je reste planté là sans trop savoir quoi faire puis devant le manque de réactions de cet homme, je laisse tomber ma fourrure dours et massieds près du feu en face de lui. Le temps passe et aucun de nous na quoi que ce soit à dire. Le temps sallonge et latmosphère salourdit. Une tension presque palpable envahi le foyer.