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La Saga d’Odric le Berserker - Chapitre 6

Comment duper un Dieu
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Echo… Tous mes os tremblent encore sous l’impact de ce faisceau lumineux rouge que ce nabot encapuchonné m’a lancé. Il ne s’est pas battu en guerrier, il a triché. Cet idiot n’a pas jugé utile de vérifier si j’étais mort, je vais mimer encore pendant quelques secondes le trépas et après, je lui ferais une grosse surprise. Pendant une seconde, je ne pense qu’à tuer ce moine et à ne pas bouger mais à ma première inspiration discrète, je sens quelque chose d’étrange. Les odeurs ont changé, je ne perçois plus la senteur de la pierre froide mélangée à l’encens du temple de Thorgun mais plutôt les odeurs de la forêt, ma forêt. Les arbres qui dissimulaient aux humains le camp orc.

Rapidement, je retrouve toutes sensations oubliées. À tout moment je m’attendais à voir surgir mes orcs. Et puis un peu de temps passa et je constatais quelques anomalies dans cette forêt. L’eau coule à l’envers ici, parfois les contours de la cime des arbres sont floues et semblent danser. Il fait froid aussi malgré l’absence de vent et les bruits de la nature sont absents. Le seul bruit que j’entends est un bruissement de feuilles derrière moi. Je ne suis pas seul. Quelqu’un se cache dans un de ces buissons. Je ne parviens à sentir son odeur mais il semble être de petite taille. Ce n’est sans doute qu’un petit animal de peu d’importance. Pendant mon jeune âge, je capturais souvent des lapins ou des furets avides des fruits de ces buissons. Ces fruits sont mortels pour un humain mais ces petites bêtes s’en accommodent très bien. Après tout, cet endroit est étrange et si un ennemi se cachait dans ces feuilles ? Rapidement, je donne un grand coup de hache dans le buisson pour voir ma proie. Le résultat est surprenant, l’être caché n’était en fait qu’un gobelin. Je n’aimais ces petites carcasses couineuses. Ils sont vils, grotesques et ils puent en plus de produire des sons désagréables. Ce sont des combattants négligeables et la lâcheté est une seconde nature pour eux. Ils sont juste gênants et n’ont pas leur place au combat. Il n’y a jamais eu de gobelin prés de la forteresse de Shinka. S’il y en avait eu, les orcs les auraient rapidement exterminés. De plus, je n’ai jamais vu un gobelin comme celui-ci. Il est plus jaune que ses frères et porte une barbe. Je n’avais jamais vu un signe de pilosité chez un gobelin. Cette race est encore plus hideuse ainsi. Le dégoût fut si grand pour cette créature que j’eus l’envie de la tuer pour qu’elle n’existe plus, puis je parvins à lire dans son regard qu’il ne me craignait pas et cela m’intrigua beaucoup. Et puis… Il parle.

« Ainsi voilà le guerrier qui refuse d’obéir à son dieu vénéré.
- Tu parles ?
- Tu crois ?
- Les gobelins ne parlent pas.
- Peut être parce que je ne suis pas un gobelin.
- Que serais-tu d’autre ?
- Je suis un serviteur de Thorgun.
- Un gobelin qui sert Thorgun ? C’est ridicule.
- Je ne suis pas un gobelin.
- Mes yeux voient que tu en es un.
- Je suis une projection mentale.
- Bien sûr.
- J’ai pris l’apparence de ce que t’attendais à voir. C’est toi qui as voulu que je sois un gobelin.
- C’est ridicule.
- Nous sommes sur le plan astral souviens-t’en.
- Tu es fou.
- Oui, tu parles à un gobelin et c’est moi qui suis fou.
- Assez, tu me fais perdre mon temps.
- Bien, je vais te receler le but de ma présence.
- Non, ça me m’intéresse pas, je dois retourner sur RedSun pour châtier ce moine.
- Tu ne peux pas.
- Pourquoi ?
- Le plan astral, tu es toujours au temple de Thorgun, mais ton esprit est ici.
- Qu’en sais-tu ?
- Le moine qui t’a frappé… C’était moi.
- Tu mens.
- Non, je sers Thorgun, il m’a chargé de te conduire ici afin d’y être châtié. J’ai pris l’apparence du prêtre et t’ai frappé pour emmener ton esprit avec moi.
- Tu veux dire que je suis mort ?
- Non, ton corps vit encore.
- Rends-moi mon corps, vil gobelin.
- Je ne suis pas un gobelin et ton corps est protégé par un cristal inaltérable dans le temple. Tu pourras ainsi recevoir beaucoup de visites et les récalcitrants comprendront que terrible est la colère de notre dieu.
- Sale… ! Je vais te tuer !
- Tu ne peux pas.
- …
- Combien de fois vais-je devoir te le dire ? Nous sommes sur le plan astral et tu ne peux user de ta hache contre moi pour une raison bien simple : Ta hache n’existe pas, c’est une vue de l’esprit.
- Tu veux vérifier ?
- Tu considères que ton arme fait partie de toi alors elle fait partie de la représentation mentale que tu as de toi-même.
- Et la forêt ?
- C’est aussi une partie de ton esprit. Ce lieu est important pour toi. Mais tu as remarqué que cette forêt n’obéit pas aux règles de la nature.
- Alors j’imagine que si j’ai voulu que tu sois un gobelin, c’est que tu es laid et vil.
- C’est ainsi que tu me vois, mais je ne fais que mon devoir et mon devoir et de te convaincre, de te châtier et de te tuer si tu persistes dans tes erreurs.
- Toi, me tuer ?
- Nous sommes sur le plan astral, c’est une autre réalité, avec d’autres règles. Ici tu n’es rien.
 »

Je suis Odric, un héros pour certains, un fou assassin pour d’autres. Les deux sont vrais, je crois. Aujourd’hui, je pense que mes derniers moments dans ce monde sont arrivés. Je ne crains pas ce moment ultime, c’est mon code d’honneur qui me dicte ma conduite. D’habitude, j’use de ma hache pour régler mes problèmes, mais cette fois, je ne peux pas. Je suis enfermé dans un cristal magique et mon corps est inerte, seul l’esprit est là et il ne combat aussi aisément que mon bras. Des démons sont venus m’éprouver et je peux ne pas en sortir vivant.

Ce petit monstre avait raison, je ne connaissais rien au monde des esprits. Le gobelin était un être intelligent et plus il avançait dans la discussion, plus je saisissais la distance qui nous séparait. Cet être était un pur esprit, un démon qui me ment, qui cherche à me manipuler et dont je dois me méfier même si je suis à peu près sûr qu’il parviendra ses fins avec un esprit aussi rigide que le mien. Je ne suis pas un homme de réflexion, l’action prime toujours dans mes choix. Plus que jamais, je dois avant tout me méfier de moi-même car je sais qu’il exploitera toutes les faiblesses de mon caractère. Je ne me connais pas assez bien et j’ai sans doute déjà perdu. Mais quoi qu’il advienne, je dois me tenir prêt, observer rapidement et avec justesse ce qui se passe pour pouvoir m’en servir. Les lois de ce monde sont différentes et je ne dois pas me laisser berner par les illusions. Tout n’est qu’illusion ici. Il n’est pas réel. Sa façon de marcher m’obsède. Normalement, je pourrais le semer facilement tant mes enjambées sont grandes par rapport aux siennes mais i ne marche pas, il avance sans bouger les jambes comme une espèce de serpent. Oui, il n’est pas réel.

« Bien, tu commences à réaliser dans quelle situation tu te trouves. Sais-tu pourquoi ?
- Les guetteurs de Thorgun.
- En partie, fait un effort.
- WildFist.
- Tu y es presque.
- Rage.
- Félicitations. Thorgun t’avait demandé de relâché Rage mais tu as préféré désobéir.
- Pourquoi Thorgun a tant besoin de l’âme d’un furieux de Briim ?
- Je n’ai pas à te le dire mais je vais faire un effort. D’abord il faut que tu saches que Thorgun t’aime beaucoup. Tu es un vrai guerrier, il aime ta bravoure et veut te sauver.
- Pour qui me prends-tu ?
- Pardon ?
- Thorgun est le dieu de la guerre, pas le dieu de l’amour. Il est dur est fort et n’a que faire de sauver un simple guerrier. Il sait que j’accepte mon destin.
- Je vois, tu es moins idiot que tu en as l’air. Néanmoins ton âme doit être sauvée.
- Tu ne ressembles pas à un sauveur.
- Tu ne ressembles pas à un possédé mais tu en es un pourtant.
- J’ai toujours été maître de mes choix.
- C’est bien que tu le croies mais c’est faux, tu as toujours suivi la volonté de Rage. Il te contrôle depuis toujours.
- C’est faux. Rage n’intervient uniquement quand je le souhaite.
- Tu croies que c’est toi qui a choisi ta vie mais tu te trompes. Cela fait tellement longtemps que tu vis avec le démon que tu es incapable de faire la différence. Tu viens des terres du Nord, tu vivais près du territoire des furieux de Briim et Rage a pris possession de toi quand tu était encore un enfant car l’esprit d’un enfant est plus facile à corrompre que celui d’un adulte.
- Quelle importance que le furieux soit là depuis longtemps ou non ?
- Il a conditionné tes choix.
- C’est ridicule.
- Bien, je vais te montrer.
 »


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