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La Saga d’Odric le Berserker - Chapitre 4

La furie
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Je n’avais jamais eu de femme comme compagnon d’armes. J’avais du mal à prendre la mesure exacte de cette magicienne. Je pris donc le parti de la laisser combattre pendant que je m’occuperais du reste. Combattre des nécromanciens est un exercice difficile. Au fur et à mesure que l’on avance sur eux, on se vide de nos forces vitales et souvent on manque de force au moment de frapper. Le seul moyen de s’en sortir pour un guerrier et de s’économiser en faisant le moins de mouvements possibles et de se placer dans une trajectoire où il est difficile de servir de cible.

Je n’aime pas ce genre de bataille, il n’y a aucun prestige. G’eldriia, de son côté n’a pas bougé d’un pouce. Elle semble assez sûre d’elle. Elle reçoit les impacts magiques sans sourciller et réplique avec des sorts très puissants. Sa confiance en elle semble justifiée. J’ai peu l’habitude de voir une femme combattre. Chez nous, elles sont à l’abri de tout mais je dois reconnaître que cette furie m’impressionne énormément. Sans trop savoir pourquoi, j’essayais de l’impressionner en pratiquant des mouvements rares et complexes durant ma bataille contre les nécromanciens. Si Mordak était encore vivant, il me dirait que ma conduite est stupide et qu’il faut d’abord songer au résultat plutôt qu’à la manière de l’obtenir mais mon enthousiasme prit le dessus. Le combat tourna court et Zalus prit la fuite en jurant que Belladonne, la chienne du Mecquetrex ne l’y prendrait plus. Nous nous retrouvâmes seuls. Malgré la puissance de ses sorts, j’étais fier d’avoir tué plus de mages qu’elle. Rien ne vaut une hache maniée par un bras résolu.

« Cela ne fait aucun doute, guerrier, tu sais te battre.
- Toi aussi, je veux dire, pour un mage.
- Ce WildFist doit vraiment être très fort.
- Son démon est plus fort que le mien, pour l’instant.
- Ton démon ? Tu parles des esprits Sang-Noirs de Briim ?
- C’est possible en effet, j’ignore. Muldan vient de m’en parler et je ne sais quoi en penser.
- Alors un jour, il faudra payer ta dette.
- Je ne dois rien à personne.
- Un démon Sang-Noir a investi ton corps pour te rendre vaillant et invincible, il réclamera un tribut.
- Je ne l’ai pas appelé, mon corps n’appartient qu’à moi. Personne ne m’a proposé de transaction. Si ce démon est assez stupide pour entrer chez moi sans autorisation, il n’en sortira pas. Je ne lui appartiens pas, c’est lui qui m’appartient.
- Tu es un être borné, on ne peut rien contre un fou de Briim. Tu ne peux lui résister, c’est impossible.
- Impossible ? Alors je vais le faire.
- Tu as déjà vu ton démon ?
- Oui, je combats parfois avec lui depuis plus de neuf années à présent.
- T’a-t-il déjà forcé à combattre contre ton gré ?
- Non, jamais, je le laisse agir quand je le décide. Mais, je combats souvent, j’ai fait la guerre et il est fréquent qu’il s’exprime.
- As-tu déjà tué des innocents ?
- Qu’est-ce qu’un innocent ?
- Quelqu’un qui n’avait rien à voir dans tes combats.
- Non, je ne crois pas. Mordak fut un bon maître.
- Mordak Shen, l’orc ?
- Oui, en effet.
- Alors tu dois savoir.
- Savoir quoi ?
- Mordak Shen fut un grand guerrier jusqu’au jour où il ne put contenir son démon.
- J’ignorais.
- Il ne t’en a rien dit ?
- Je ne lui ai pas demandé de me raconter son passé alors il ne m’a rien dit…
- L’histoire est tragique. Il revenait d’une bataille avec sa tribu, mais ne parvenait pas à se calmer. En entrant chez lui, il a massacré toute sa famille. Personne ne pouvait l’arrêter. Ensuite, la tribu craignant sa fureur le nomma chef et le laissa seul avec ses remords.
 »

Jamais Mordak ne m’avait montré ses talents berserks. Il savait comment le faire venir, il expliquait bien cela mais jamais je ne l’avais vu en transe. Je comprends pourquoi, malgré son apparente faiblesse sur les derniers mois, personne n’osait lui ravir son titre de chef. Si cet orc avait utilisé ses talents jusqu’au bout, il aurait été imbattable, plus fort même que Grunt l’invincible, le chef suprême des tribus orcs unifiées. Pourquoi Mordak m’a-t-il appris à me servir du démon si on ne peut y résister ? Jamais il ne fut malveillant envers moi. Peut-être a-t-il pensé que je garderais toujours le contrôle.

« Je saurais éviter les pièges.
- Ils disent tous ça. Ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi Krak t’a choisi.
- Je trouve cela étrange également mais je ne suis pas un bon professeur pour lui, je crois.
- Krak n’a pas besoin de professeur. Il cherche une famille.
- Puisque tu as l’air de si bien le connaître, tu n’as qu’à en prendre la charge.
- Krak n’aime pas les endroits que je fréquente.
- Quels sont-ils ?
- Partout où je peux combattre des fervents du Mecquetrex.
- Tout le monde les déteste, je me demande bien pourquoi.
- Ils sont le mal incarné.
- Hum, les notions de bien et de mal me sont inconnues. Peux-tu m’éclairer ?
- Ce sont des assassins, ils tuent sans cesse.
- Moi aussi, je tue beaucoup, j’ai fait la guerre et nous venons d’occire une dizaine de mages il y a peu…
- Ils font cela pour le plaisir.
- Je reconnais m’être épanoui dans la guerre, une bataille a parfois quelque chose de grisant. Le combat est un plaisir et la mort en fait partie.
- Es-tu stupide ?
- Non, j’ai vécu selon d’autres règles que les vôtres.
- Les fervents massacrent femmes et enfants.
- En situation de guerre, c’est arrivé.
- Tu es irritant, Odric !
- Je veux juste que l’on m’explique en quoi les fervents sont si terribles. Muldan, Sullivan, Keen ou Talador sont des guerriers, ils tuent et parfois, ils aiment cela bien qu’ils s’en défendent.
- Les fervents veulent la destruction totale de l’humanité.
- Si je ne m’abuse, ils sont humains également. Dans quel but veulent-ils détruire ce qu’ils sont ?
- Ils veulent honorer un dieu.
- Alors qu’ils commencent la destruction des humains par eux-mêmes en pratiquant le suicide.
- Tu es amusant, guerrier.
- Ce n’est pas l’avis de tout le monde.
- C’est le mien.
 »


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