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La Saga d’Odric le Berserker - Chapitre 3

Un sens à sa vie
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Encore un matin triste, un ciel sans nuage, sans soleil, juste une lueur uniforme pâle et fluorescente à la fois. Il est temps pour moi de continuer ma route. Les blessures sont encore douloureuses mais plus assez pour que je reste couché comme un vieux sac. Un orc ne tolérerait pas une telle inactivité, je ne la supporte pas non plus. Quand j’y pense, je ne m’étais jamais couché aussi longtemps, j’ai toujours contemplé l’astre du jour debout.

Je me lève et saisis mes armes. À leur contact, tout le combat me revient à l’esprit, la fureur, la peur, la douleur, la honte. Il faudra bien vivre avec, je n’ai pas le choix. J’avais toujours pensé que j’aimais le combat par-dessus tout et je m’étais résolu à mourir au combat mais pas à perdre sans mourir. Je me rends compte que je n’aime pas perdre.

J’allais quitter le temple quand je me suis rappelé que j’avais fait une promesse d’éducation envers le petit Krak. Au premier abord, on pourrait penser que j’ai eu tort de prendre cette responsabilité mais il est très jeune et un peu trop seul. Sa gaieté apparente est parfois brutalement interrompue par un cynisme et un désarroi profond. Ce qui est sûr, c’est qu’il ne fera jamais un bon guerrier, il est trop faible et il n’a pas l’esprit guerrier mais il semble dominer la magie mieux que moi à son age ce qui n’est pas vraiment un exploit.

Aesandilas est presque remis de ses blessures et il enseigne quelques tours à mon « élève ». Je me demande ce que je pourrai bien enseigner à cet enfant, je n’entends rien à la magie et il semble qu’une mentalité d’orc ne soit pas des plus indiquée en ce monde humain. Je suis moi-même mal à l’aise parmi eux et j’ai du mal à croire que je suis des leurs.

« Aesandilas, tu m’avais parlé d’un défi, quel est-il ?
- Devenir humain.
- Je suis humain.
- Non, tu es un orc dans corps humain, ici tu es un barbare.
- Quelle honte y a-t-il à en être un ?
- Tu as besoin d’élever ton esprit.
- Pff, les mages disent tous ça.
- Tu as la force de réaliser de grandes choses mais tu as une vue d’esprit trop étroite.
- Les mages de Shinka avaient un esprit plus étroit encore.
- Qu’en sais-tu ?
- J’y ai vécu.
- Oh, je vois, Aldebarran… C’était ton mentor.
- Non, mon bourreau, pourtant il passe pour un sage. Toutes ces fadaises sur l’intelligence et la clairvoyance des mages ne sont qu’un voile qui cache leur arrogance et leur perversité.
- Fais comme tu le souhaites. Tu peux rester un chien fou qui part combattre n’importe qui pour n’importe quelle raison, sans intelligence, sans ambition, sans destin, sans espoir ou devenir un héros, un guerrier aimé et respecté pour sa force, son courage et la noblesse de son cœur.
 »

N’écoute pas les conseils, ils ne servent que ceux qui te les prodiguent.

« Pourquoi m’aiderais-tu ? Qu’est-ce que cela te rapportera ?
- Rien, je suis curieux de voir ce que tu peux devenir. Je suis un érudit, j’ai beaucoup étudié et je veux voir le monde en dehors des grimoires. Je te conseillerai et tu me protégeras si besoin est.
- Je ne sais si changer est une bonne chose. J’ai toujours été fier de ce que j’étais.
- Mais contre WildFist, tu as atteint les limites de ton existence, tu dois te transcender à présent car rien de nouveau ne t’attend dans cette voie. Choisis entre l’élévation et le désespoir d’une existence futile.
 »

Rejette la fourberie et la médiocrité, vois plus loin que les étoiles.

« Cette terre aurait-elle besoin de héros ?
- On a toujours besoin d’un héros. Je vais t’expliquer pourquoi tu as perdu contre WildFist.
- Inutile, je le sais déjà. Il était plus grand, plus fort, plus rapide et possédait une meilleure technique que moi.
- Tu te trompes, tu aurais pu vaincre. WildFist n’est pas totalement humain, il a plus de cent ans et de puissants nécromanciens le maintiennent en vie. Tu es un berserker, tu as vu la folie de ses yeux, tu as la même quand tu combats en état de fureur. Le démon de WildFist est plus fort que le tien car il possède WildFist.
- Tu veux dire qu’il est en transe berserk en permanence ?
- Oui, en dehors de son sommeil, il est toujours en fureur. Quand l’Empereur de BloodSkull n’a pas besoin de guerroyer, WildFist est enchaîné jour et nuit dans un cachot. Il n’est libéré que pour mener des assauts. WildFist est ce que tu risques de devenir. Il a vu en toi un successeur.
- Par Thorgun, je ne deviendrais jamais… ça !
- Il a pensé que tu le remplacerais un jour et il a tout donné pour te vaincre. C’est la seconde raison qui t’a fait perdre ce combat : les motivations.
- J’étais très motivé, je voulais ce combat.
- Dans quel but ?
- Le combat, juste le combat.
- C’est pour cela que tu as été terrassé. Le combat en lui-même ne vaut rien, c’est la cause que l’on défend qui a de la valeur. Ton orgueil t’a poussé à vouloir prouver que tu étais le meilleur. Si ton bras avait été guidé par une noble cause, tu aurais gagné.
- Le combat est une noble cause.
- Protéger en est une bien meilleure. Quand on a ta puissance, on ne peut se perdre dans des joutes sans fin et des batailles d’orgueil. À grand pouvoir, grandes responsabilités ou risque de folie.
- Pourquoi devrais-je protéger des étrangers ? Ils ne sont rien pour moi.
- Mais leurs souffrances sont injustes.
- La vie est injuste, les forts tuent les faibles. La nature fonctionne ainsi, les Dieux l’ont voulu.
- Non, ça, c’est la vision des orcs, les humains se battent contre l’inéluctabilité. Ils n’admettent pas l’injustice, ils la combattent ou se cachent dans leur chaumière, honteux d’avoir eu la lâcheté d’accepter l’inacceptable.
- Et ils perdent à chaque fois.
- Leurs gesticulations face à l’infini et à la volonté des Dieux sont puériles et vaines, mais elles sont dignes de respect. Oui, les humains sont dans le camp perdant face au destin mais ils restent debout et continuent sans faiblir. Quel est le meilleur camp ? Celui des indifférents, cyniques, résignés dans leur cœur ou celui des amoureux de la vie qui luttent alors que la défaite est déjà là ? Qui a le plus de courage ?
- Je me souviens m’être battu pour garder un ami en vie. Il est mort quand même. Il voulait mourir comme un brave.
- Tu connais donc cette révolte du cœur.
- Oui, et ça n’a rien changé.
- Ce n’est pas une raison pour renoncer. Le courage, c’est de recommencer là où on a échoué. De savoir que c’est perdu d’avance, que c’est impossible mais y aller quand même. À toi de choisir entre un WildFist désœuvré, un outil que l’on jette après usage ou un héros plus fort que son démon, un guerrier capable d’aimer et de protéger la vie.
- Par Thorgun, tes paroles ont mis le trouble dans mon esprit. Comment devient-on un héros ?
- Regarde la souffrance et l’injustice autour de toi et essaie de réparer les erreurs de la vie.
- Hum, les prêtres sont là pour ça. Je n’ai pas pour vocation de prendre en charge la misère du monde.
- Tu as bien pris Krak sous ta responsabilité. Mais si réparer le mal ne te convient pas, tu peux toujours le combattre avant qu’il ne frappe. Le frapper à sa source.
- Bien, je préfère ça. Je t’écouterai mais si je découvre que tu m’as dupé, je te tuerai immédiatement.
- Le marché est correct.
- Krak, qu’en penses-tu ?
 »

L’enfant sembla amusé qu’on lui demande son avis.

« Les gens de BlueWind te prennent déjà pour un héros, deviens-le. »


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