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La Saga d’Odric le Berserker - Chapitre 1

Je veux être un orc
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Je suis Odric, un héros pour certains, un fou assassin pour d’autres. Les deux sont vrais, je crois. Aujourd’hui, je pense que mes derniers moments dans ce monde sont arrivés. Je ne crains pas ce moment ultime, c’est mon code d’honneur qui me dicte ma conduite. D’habitude, j’use de ma hache pour régler mes problèmes, mais cette fois, je ne peux pas. Je suis enfermé dans un cristal magique et mon corps est inerte, seul l’esprit est là et il ne combat pas aussi aisément que mon bras. Des démons sont venus m’éprouver et je peux ne pas en sortir vivant. Mais toi qui lis ces lignes, avant de me juger, écoute plutôt mon histoire. C’est une histoire cruelle, violente, drôle parfois. Laisse-moi te conter ces années de fureur de hurlements et de sang… Mon histoire.

Mes souvenirs les plus anciens me viennent de mon enfance. Mes parents étaient des paysans, ils travaillaient dur le sol rocailleux des terres du Nord. Pourtant, nous étions heureux, nous ne manquions de rien et malgré des tâches pénibles, nous vivions bien. Une inquiétude avait troublé le bonheur de mon père lors de mon baptême : un prêtre un peu fou avait déclaré que j’étais marqué par Thorgun, le Dieu de la guerre et du combat. Cela signifiait pour moi que je devais être séparé de ma famille pour avoir une éducation martiale dans une école pour devenir soldat du roi. Mon père fit en sorte que la nouvelle ne s’ébruite pas et me garda caché pendant quelques années. Puis l’âge de sept ans arriva, l’âge de devenir un homme arriva. Au lendemain de ma septième année, mes parents décidèrent de m’envoyer dans une école de magie dans les terres de l’Est.

Sans que je sache pourquoi, je n’ai pas éprouvé de peine à partir, j’étais résigné. Ma mère m’avait toujours dit que seuls les mages étaient dignes de respect et peut-être ai-je pensé que c’était le cycle normal de la vie et que l’on voulait que je sois respectable. Je n’ai pas pris ce départ comme une punition, je voulais que l’on soit fier de moi.

Le voyage dura deux lunes et les précepteurs venus me chercher voulaient déjà m’enseigner quelques tours simples. Je n’entendais rien à leur langage. La pureté, l’élévation, la méditation, ces mots sonnaient creux dans mon esprit. Rapidement, j’ai compris qu’ils essayaient de m’enseigner de la magie de combat mais l’esprit même du combat m’était étranger.

Mon père m’avait rossé à plusieurs reprises quand je me battais contre les enfants de la ville et j’en avais conclu qu’il était néfaste de se battre, même si j’aimais me servir de mes poings. Il me disait que se battre était la solution des faibles et des idiots, pourtant, je sais que mon père descend d’une tribu de guerriers féroces située très au nord de nos contrées. Il a aussi été un soldat pendant les guerres contre les trolls. Était-il faible ou idiot ? Je ne le pense pas, il devait sans doute vouloir m’éviter certaines déconvenues dues à ses expériences passées.

Mais sans que je sache pourquoi, la magie me déplaisait, surtout au combat. Cela me donnait un sentiment de triche face à un adversaire, l’impression que le combat était inégal, que les capacités de chacun n’étaient pas respectées. Mais je devais me conformer à ce que mes parents avaient décidé pour moi. Alors, je suis entré dans cette école de magie, la forteresse Shinka.

J’ai immédiatement détesté cet endroit froid et impersonnel. Certes nous étions en sécurité ici, les murailles étaient si hautes que les nuages étaient stoppés dans leur course. Le vent ne passait pas, les odeurs de la forêt non plus Toutes les personnes qui vivaient dans cet endroit avaient appris l’arrogance et le dédain, je n’étais que le petit paysan ici. De plus, j’étais un très mauvais élève malgré de réels efforts pour que mes parents soient fiers de moi. Mais il fallait se rendre à l’évidence : je n’avais aucun talent pour la magie. Au fond de moi, je méprisais ces tricheurs, ces hommes en robe qui se donnaient des airs de protecteurs, leur maigreur n’avait d’équivalent que la sécheresse de leur cœur.

Au bout de trois ans d’efforts vains, je décidais de quitter cet endroit maudit. Ce ne fut pas de gaieté de cœur, j’avais décidé de ne pas renter chez moi pour ne pas affronter la honte de mes parents et leur déception surtout. Je pris donc la fuite en trompant facilement la vigilance des gardes peu motivés. Qui serait assez stupide pour quitter un endroit sûr alors que la forêt alentour est si dangereuse ? Je le fus.

Oui, cette forêt semblait dangereuse et inhospitalière mais elle était belle à mes yeux. Elle ressemblait à la forêt des spectres où je m’aventurais parfois pour me faire peur et pour avoir peut-être la chance de voir un fantôme. Des bois profonds aux contours tortueux et surtout : la vie.

Pour les mages de la forteresse Shinka, ce lieu est un endroit de mort, pour moi, c’est tout le contraire. Évidemment, je suis un enfant de la campagne et je connais les signes de la nature. Je vois les multiples traces de passages successifs d’animaux, les odeurs aussi sont là. Jamais forêt ne fut plus vivante que celle-ci.

Bien que la marche dans ces bois soit difficile, elle est également très stimulante. Sans m’en rendre compte, je me suis épuisé à marcher et j’aperçois d’étranges traces laissées par des animaux que je ne connais pas. Le jour est déjà levé et il ne va plus tarder à se coucher à présent et je ne peux plus avancer. Je sais que je suis loin de tout et que personne ne me sauvera si je rencontrais un monstre ou des loups. Je décidai donc de grimper en haut d’un arbre pour me restaurer et me reposer.

Je n’ai que très peu de sorts magiques efficaces pour me protéger mais je ne me sens pas en danger. Après trois ans loin de la nature dans cette forteresse, je me sens revivre. Ici tout est réel, rien de factice. Je me rends compte que rien ne peut m’empêcher de vivre dans ces lieux pour toujours, je n’ai nulle part où aller. Puis, le sommeil vint, je ne me doutais pas que ma vie allait changer à mon réveil.

D’abord, il y eut un sursaut, je me réveillais brusquement un peu effrayé mais sans savoir pourquoi. Je priais les dieux de ne pas avoir crié pendant mon réveil. Quelques secondes plus tard, je compris ce qui m’avait sorti des bras du sommeil : un grognement, là, en bas. Je n’osais regarder quelle étrange créature avait émis un tel bruit et je ne voulais pas le savoir mais une partie de moi-même souhaitait ardemment voir un monstre. Ce monstre je l’ai vu. Il mesurait deux têtes de plus qu’un homme, il avait la peau verte, une musculature comparable à un taureau, de grandes dents pointues dépassaient de sa bouche. C’était un orc.

J’avais beaucoup entendu parler d’eux mais je n’en avais jamais vu. On disait qu’ils étaient moins puissants que les trolls des terres du Nord mais ils étaient plus féroces et plus intelligents aussi. Il paraît que certains d’entre eux étaient des maîtres dans l’art de manier les sorts. L’idée de voir un tel guerrier en robe m’amusa. En tous cas celui-là ne semble doué que pour le combat à mains nues. Il est en train de se battre contre un troupeau de tarentules géantes et il a largement le dessus. Je le vois démembrer chacun de ses adversaires avec les dents. Les morsures de ses adversaires ne semblent pas le déranger, il va toutes les tuer, quel spectacle fascinant !

Les mages de la forteresse craignaient les orcs, ils avaient eu de nombreux conflits avec eux et les combats étaient si rudes que les professeurs et les mages les plus puissants étaient tous en première ligne lors d’une bataille. Certes nos maîtres méprisaient ce peuple barbare mais ils les craignaient également. Quelle force peut être plus forte que la magie ? Comment cet orc peut-il se battre ainsi ?

Je reconnais que la puissance physique de cette brute m’a bouleversé. Cette sauvagerie correspondait à quelque chose en moi. Sans comprendre pourquoi, je voulais en faire autant, renier cette magie de lâches et être un orc moi aussi. J’observais donc de loin l’issue de ce combat sans surprise et contemplait l’ampleur de ce carnage.

L’orc écartela son dernier adversaire, essuya le sang sur sa bouche et poussa un cri qui fit trembler les arbres. Oui, je veux être un orc. Je décidais donc de le suivre quand il quitterait ces lieux. Il finira bien par rejoindre un campement ou une ville orc, je m’intégrerai parmi eux et deviendrai un guerrier. Qu’y a-t-il de plus fascinant que le ballet sauvage d’un combat à mort ? Je ne suis pas un être de pureté et de méditation, je suis différent de tous ces petits mages arrogants et je leur prouverai qu’un bras puissant peut venir à bout de n’importe quelle magie.

L’orc a fini de se repaître de la panse de ces araignées géantes. Il regarde autour de lui mais ne me voit pas. Un monstre de cette taille ne peut grimper aux arbres, pour lui, ce qui vit dans les arbres est petit et faible, donc négligeable. Oui, je suis faible et négligeable, mais je n’ai que dix années et j’ai soif d’apprendre. Et s’ils refusaient de m’enseigner ? Et s’ils me tuaient ? C’est sans importance, si je reste dans ces bois je mourrai de toutes façons, alors inutile de craindre qu’ils me tuent également car ici la même chose m’attend. J’ai suivi cet orc pendant plus de quatre heures en restant éloigné et en me déplaçant de branches en branches en faisant le moins de bruit possible. Jamais l’orc ne s’est retourné et il ne s’est douté de ma présence. La nuit m’aide bien, un nouveau jour arrivera bientôt, j’ai faim.


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