
Je veux être un orc
- 1/6 -Je suis Odric, un héros pour certains, un fou assassin pour dautres. Les deux sont vrais, je crois. Aujourdhui, je pense que mes derniers moments dans ce monde sont arrivés. Je ne crains pas ce moment ultime, cest mon code dhonneur qui me dicte ma conduite. Dhabitude, juse de ma hache pour régler mes problèmes, mais cette fois, je ne peux pas. Je suis enfermé dans un cristal magique et mon corps est inerte, seul lesprit est là et il ne combat pas aussi aisément que mon bras. Des démons sont venus méprouver et je peux ne pas en sortir vivant. Mais toi qui lis ces lignes, avant de me juger, écoute plutôt mon histoire. Cest une histoire cruelle, violente, drôle parfois. Laisse-moi te conter ces années de fureur de hurlements et de sang Mon histoire.
Mes souvenirs les plus anciens me viennent de mon enfance. Mes parents étaient des paysans, ils travaillaient dur le sol rocailleux des terres du Nord. Pourtant, nous étions heureux, nous ne manquions de rien et malgré des tâches pénibles, nous vivions bien. Une inquiétude avait troublé le bonheur de mon père lors de mon baptême : un prêtre un peu fou avait déclaré que jétais marqué par Thorgun, le Dieu de la guerre et du combat. Cela signifiait pour moi que je devais être séparé de ma famille pour avoir une éducation martiale dans une école pour devenir soldat du roi. Mon père fit en sorte que la nouvelle ne sébruite pas et me garda caché pendant quelques années. Puis lâge de sept ans arriva, lâge de devenir un homme arriva. Au lendemain de ma septième année, mes parents décidèrent de menvoyer dans une école de magie dans les terres de lEst.
Sans que je sache pourquoi, je nai pas éprouvé de peine à partir, jétais résigné. Ma mère mavait toujours dit que seuls les mages étaient dignes de respect et peut-être ai-je pensé que cétait le cycle normal de la vie et que lon voulait que je sois respectable. Je nai pas pris ce départ comme une punition, je voulais que lon soit fier de moi.
Le voyage dura deux lunes et les précepteurs venus me chercher voulaient déjà menseigner quelques tours simples. Je nentendais rien à leur langage. La pureté, lélévation, la méditation, ces mots sonnaient creux dans mon esprit. Rapidement, jai compris quils essayaient de menseigner de la magie de combat mais lesprit même du combat métait étranger.
Mon père mavait rossé à plusieurs reprises quand je me battais contre les enfants de la ville et jen avais conclu quil était néfaste de se battre, même si jaimais me servir de mes poings. Il me disait que se battre était la solution des faibles et des idiots, pourtant, je sais que mon père descend dune tribu de guerriers féroces située très au nord de nos contrées. Il a aussi été un soldat pendant les guerres contre les trolls. Était-il faible ou idiot ? Je ne le pense pas, il devait sans doute vouloir méviter certaines déconvenues dues à ses expériences passées.
Mais sans que je sache pourquoi, la magie me déplaisait, surtout au combat. Cela me donnait un sentiment de triche face à un adversaire, limpression que le combat était inégal, que les capacités de chacun nétaient pas respectées. Mais je devais me conformer à ce que mes parents avaient décidé pour moi. Alors, je suis entré dans cette école de magie, la forteresse Shinka.
Jai immédiatement détesté cet endroit froid et impersonnel. Certes nous étions en sécurité ici, les murailles étaient si hautes que les nuages étaient stoppés dans leur course. Le vent ne passait pas, les odeurs de la forêt non plus Toutes les personnes qui vivaient dans cet endroit avaient appris larrogance et le dédain, je nétais que le petit paysan ici. De plus, jétais un très mauvais élève malgré de réels efforts pour que mes parents soient fiers de moi. Mais il fallait se rendre à lévidence : je navais aucun talent pour la magie. Au fond de moi, je méprisais ces tricheurs, ces hommes en robe qui se donnaient des airs de protecteurs, leur maigreur navait déquivalent que la sécheresse de leur cœur.
Au bout de trois ans defforts vains, je décidais de quitter cet endroit maudit. Ce ne fut pas de gaieté de cœur, javais décidé de ne pas renter chez moi pour ne pas affronter la honte de mes parents et leur déception surtout. Je pris donc la fuite en trompant facilement la vigilance des gardes peu motivés. Qui serait assez stupide pour quitter un endroit sûr alors que la forêt alentour est si dangereuse ? Je le fus.
Oui, cette forêt semblait dangereuse et inhospitalière mais elle était belle à mes yeux. Elle ressemblait à la forêt des spectres où je maventurais parfois pour me faire peur et pour avoir peut-être la chance de voir un fantôme. Des bois profonds aux contours tortueux et surtout : la vie.
Pour les mages de la forteresse Shinka, ce lieu est un endroit de mort, pour moi, cest tout le contraire. Évidemment, je suis un enfant de la campagne et je connais les signes de la nature. Je vois les multiples traces de passages successifs danimaux, les odeurs aussi sont là. Jamais forêt ne fut plus vivante que celle-ci.
Bien que la marche dans ces bois soit difficile, elle est également très stimulante. Sans men rendre compte, je me suis épuisé à marcher et japerçois détranges traces laissées par des animaux que je ne connais pas. Le jour est déjà levé et il ne va plus tarder à se coucher à présent et je ne peux plus avancer. Je sais que je suis loin de tout et que personne ne me sauvera si je rencontrais un monstre ou des loups. Je décidai donc de grimper en haut dun arbre pour me restaurer et me reposer.
Je nai que très peu de sorts magiques efficaces pour me protéger mais je ne me sens pas en danger. Après trois ans loin de la nature dans cette forteresse, je me sens revivre. Ici tout est réel, rien de factice. Je me rends compte que rien ne peut mempêcher de vivre dans ces lieux pour toujours, je nai nulle part où aller. Puis, le sommeil vint, je ne me doutais pas que ma vie allait changer à mon réveil.
Dabord, il y eut un sursaut, je me réveillais brusquement un peu effrayé mais sans savoir pourquoi. Je priais les dieux de ne pas avoir crié pendant mon réveil. Quelques secondes plus tard, je compris ce qui mavait sorti des bras du sommeil : un grognement, là, en bas. Je nosais regarder quelle étrange créature avait émis un tel bruit et je ne voulais pas le savoir mais une partie de moi-même souhaitait ardemment voir un monstre. Ce monstre je lai vu. Il mesurait deux têtes de plus quun homme, il avait la peau verte, une musculature comparable à un taureau, de grandes dents pointues dépassaient de sa bouche. Cétait un orc.
Javais beaucoup entendu parler deux mais je nen avais jamais vu. On disait quils étaient moins puissants que les trolls des terres du Nord mais ils étaient plus féroces et plus intelligents aussi. Il paraît que certains dentre eux étaient des maîtres dans lart de manier les sorts. Lidée de voir un tel guerrier en robe mamusa. En tous cas celui-là ne semble doué que pour le combat à mains nues. Il est en train de se battre contre un troupeau de tarentules géantes et il a largement le dessus. Je le vois démembrer chacun de ses adversaires avec les dents. Les morsures de ses adversaires ne semblent pas le déranger, il va toutes les tuer, quel spectacle fascinant !
Les mages de la forteresse craignaient les orcs, ils avaient eu de nombreux conflits avec eux et les combats étaient si rudes que les professeurs et les mages les plus puissants étaient tous en première ligne lors dune bataille. Certes nos maîtres méprisaient ce peuple barbare mais ils les craignaient également. Quelle force peut être plus forte que la magie ? Comment cet orc peut-il se battre ainsi ?
Je reconnais que la puissance physique de cette brute ma bouleversé. Cette sauvagerie correspondait à quelque chose en moi. Sans comprendre pourquoi, je voulais en faire autant, renier cette magie de lâches et être un orc moi aussi. Jobservais donc de loin lissue de ce combat sans surprise et contemplait lampleur de ce carnage.
Lorc écartela son dernier adversaire, essuya le sang sur sa bouche et poussa un cri qui fit trembler les arbres. Oui, je veux être un orc. Je décidais donc de le suivre quand il quitterait ces lieux. Il finira bien par rejoindre un campement ou une ville orc, je mintégrerai parmi eux et deviendrai un guerrier. Quy a-t-il de plus fascinant que le ballet sauvage dun combat à mort ? Je ne suis pas un être de pureté et de méditation, je suis différent de tous ces petits mages arrogants et je leur prouverai quun bras puissant peut venir à bout de nimporte quelle magie.
Lorc a fini de se repaître de la panse de ces araignées géantes. Il regarde autour de lui mais ne me voit pas. Un monstre de cette taille ne peut grimper aux arbres, pour lui, ce qui vit dans les arbres est petit et faible, donc négligeable. Oui, je suis faible et négligeable, mais je nai que dix années et jai soif dapprendre. Et sils refusaient de menseigner ? Et sils me tuaient ? Cest sans importance, si je reste dans ces bois je mourrai de toutes façons, alors inutile de craindre quils me tuent également car ici la même chose mattend. Jai suivi cet orc pendant plus de quatre heures en restant éloigné et en me déplaçant de branches en branches en faisant le moins de bruit possible. Jamais lorc ne sest retourné et il ne sest douté de ma présence. La nuit maide bien, un nouveau jour arrivera bientôt, jai faim.